Et si l’essentiel de notre existence se jouait dans les rencontres qui nous transforment ? Dans Vivre, c’est rencontrer, le professeur Louis Dubertret mêle science, médecine et spiritualité pour interroger ce qui nous relie aux autres, au monde et, pour le croyant, à Dieu. Derrière la réflexion du médecin et du chercheur se dessine une vision profondément humaine de la foi chrétienne : moins comme une somme de règles que comme une relation vivante, intime et toujours en mouvement.
Ces rencontres qui nous façonnent
Certaines rencontres passent presque inaperçues. D’autres déplacent quelque chose en nous, changent notre façon de nous voir ou modifient durablement notre trajectoire.
C’est à partir de cette réalité très concrète que Louis Dubertret construit Vivre, c’est rencontrer. Dès le commencement de la vie, explique-t-il, notre environnement participe à ce que nous devenons. Puis viennent les liens familiaux, amicaux, amoureux, professionnels, heureux ou parfois douloureux.
Nous avançons ainsi de rencontre en rencontre, et ce sont en partie ces relations qui construisent notre identité.
Une idée simple en apparence, mais qui permet à l’auteur d’ouvrir progressivement une question beaucoup plus profonde : si la relation est au cœur de notre vie humaine, pourrait-elle également être au cœur de notre vie spirituelle ?
Une foi qui commence par une relation
Dans la lecture du christianisme proposée par Louis Dubertret, la foi ne commence pas nécessairement par une liste de convictions à accepter.
Elle commence par une rencontre.
La rencontre avec Dieu est présentée comme quelque chose de personnel, qui ne peut ni être fabriqué ni imposé. Elle ne se vit pas de manière identique pour tout le monde et ne repose pas sur une démonstration rationnelle comparable à celles utilisées par la science.
Cette vision peut parler à celles et ceux qui se sentent éloignés d’une religion vécue uniquement à travers des prescriptions.
Dans Vivre, c’est rencontrer, la question spirituelle est intimement liée à l’expérience. Il ne s’agit pas seulement de savoir ce que l’on croit, mais de se demander ce que cette foi change concrètement dans notre manière d’aimer, d’écouter, de pardonner ou d’entrer en relation avec les autres.
Croire sans renoncer à ses questions
C’est probablement l’un des aspects les plus accessibles de la démarche de Louis Dubertret.
Le professeur n’oppose jamais foi et doute.
Scientifique de formation, il considère au contraire la recherche comme une attitude fondamentale. Chercher suppose d’accepter que l’on ne possède pas toutes les réponses.
Dès l’ouverture de son ouvrage, il précise d’ailleurs ne pas vouloir imposer une vérité, mais favoriser le questionnement et permettre à chacun de construire son propre chemin.
Cette posture traverse sa réflexion religieuse.
Dieu, dans son raisonnement, ne peut pas être démontré comme un phénomène biologique ou physique. La foi relève donc d’un autre registre : celui de la confiance, de l’expérience et de la relation.
Une approche qui laisse une véritable place à l’incertitude.
On peut croire et continuer à chercher. On peut être traversé par le doute sans nécessairement considérer celui-ci comme l’ennemi de la foi.
Et si contempler la nature était déjà une manière de s’interroger ?
Louis Dubertret va cependant plus loin.
Pour le croyant, explique-t-il, la découverte scientifique de la nature peut également nourrir la vie spirituelle.
Non pas parce que la science apporterait une preuve de l’existence de Dieu. L’auteur refuse précisément ce raccourci.
Mais parce que comprendre davantage le vivant, ses interactions et son extraordinaire organisation peut modifier notre regard sur le monde.
Le document accompagnant son livre évoque ainsi deux façons de lire ce que le croyant considère comme la parole de Dieu : l’étude des Écritures, bien sûr, mais également l’observation de la nature envisagée comme Création.
Une promenade, un paysage, la naissance d’un enfant, la compréhension d’un mécanisme biologique ou simplement l’observation du vivant peuvent alors devenir autre chose qu’un décor.
Ils peuvent ouvrir une interrogation.
Réconcilier la tête et le cœur
Notre époque valorise énormément l’analyse, la maîtrise et la rationalité.
Louis Dubertret ne remet évidemment pas en cause leur importance. Toute sa carrière scientifique repose sur ces exigences.
Mais il souligne également le risque de compartimenter notre existence.
D’un côté, la pensée. De l’autre, l’affectif. Ailleurs encore, éventuellement, la spiritualité.
Or l’auteur invite au contraire à retrouver une forme d’unité.
Il distingue deux approches complémentaires. La première passe par l’intimité de la relation. La seconde par la distance intellectuelle nécessaire à l’analyse et à la compréhension.
L’une ne devrait pas écraser l’autre.
Comprendre peut nourrir l’émotion. Et l’émotion peut donner envie de comprendre davantage.
Une spiritualité qui se vit dans le quotidien
Cette conception de la foi ne se limite pas aux moments explicitement religieux.
Prière, lecture des Écritures et sacrements peuvent nourrir la relation à Dieu, mais Louis Dubertret y ajoute quelque chose de beaucoup plus quotidien : la rencontre avec les autres.
Il devient alors difficile de séparer totalement vie spirituelle et vie ordinaire.
La façon dont nous traitons un proche, un collègue, un inconnu ou même quelqu’un avec qui nous sommes en conflit devient elle aussi une question spirituelle.
Cette idée rejoint l’une des convictions les plus fortes de l’ouvrage : nous vivons de nos relations. Elles peuvent nous nourrir ou nous blesser, nous aider à grandir ou au contraire nous enfermer.
La spiritualité ne serait donc pas une fuite hors du quotidien, mais une autre façon de l’habiter.
Aimer, mais qu’est-ce que cela veut vraiment dire ?
Le mot peut sembler évident.
Pourtant, c’est autour de lui que se concentre une bonne partie de la réflexion chrétienne de Louis Dubertret.
L’auteur insiste sur l’idée que la foi ne devrait pas se réduire à l’application mécanique de règles. Son véritable enjeu serait plutôt de comprendre ce que signifie aimer concrètement.
Aimer lorsque tout va bien est relativement simple.
Mais qu’en est-il lorsqu’une relation nous blesse ? Lorsque l’autre nous déçoit ? Lorsque les convictions s’opposent ? Lorsque pardonner paraît impossible ?
C’est précisément dans ces situations que la question cesse d’être théorique.
Chez Louis Dubertret, le christianisme devient alors moins une réponse toute faite qu’une exigence relationnelle.
Se méfier des certitudes qui enferment
Cette vision explique aussi les critiques formulées par l’auteur envers certaines dérives religieuses.
Lorsqu’une institution, un groupe ou une personne considère posséder définitivement la vérité, la relation risque de disparaître derrière le pouvoir.
Louis Dubertret évoque notamment le cléricalisme, le communautarisme ou les logiques de domination comme autant de comportements difficilement compatibles avec une foi centrée sur l’amour et la rencontre.
La critique peut sembler sévère, mais elle reste cohérente avec le fil rouge de l’ouvrage.
Rencontrer l’autre suppose de lui laisser une place.
Et aimer suppose de respecter sa liberté.
La liberté au cœur de la foi
Cette liberté devient essentielle lorsque Louis Dubertret aborde la relation avec Dieu.
Une véritable relation d’amour, estime-t-il, ne peut être contrainte.
C’est notamment ainsi qu’il aborde la question de la Résurrection. Celle-ci constitue un élément fondateur de la foi chrétienne, mais elle ne devient pas pour autant une démonstration scientifique imposant la croyance.
La confiance conserve donc une place centrale.
Croire reste un choix libre.
Et cette liberté vaut également dans l’autre sens : l’être humain peut accepter ou refuser cette relation.
Une autre façon de chercher du sens
Vivre, c’est rencontrer parle finalement autant de spiritualité que de notre manière d’être au monde.
Que l’on partage ou non la foi chrétienne de Louis Dubertret, sa réflexion pose des questions très universelles.
Que faisons-nous des rencontres qui traversent nos vies ? Prenons-nous réellement le temps d’écouter les autres ? Savons-nous encore nous émerveiller devant ce que nous ne comprenons pas entièrement ? Et sommes-nous capables d’accepter qu’une partie essentielle de l’existence échappe parfois au contrôle et à la démonstration ?
Louis Dubertret ne propose pas un manuel de réponses.
Il invite plutôt à réconcilier plusieurs dimensions que nous avons parfois tendance à séparer : la raison et l’intuition, la science et la spiritualité, l’individu et les autres, la connaissance et l’émerveillement.
Et derrière toutes ces interrogations revient finalement la même idée.
Nous ne nous construisons jamais complètement seules ou seuls.
Nous nous construisons dans la relation.
Avec les autres, avec le monde et, pour le croyant, avec Dieu.
C’est peut-être précisément pour cela que, selon Louis Dubertret, vivre, c’est rencontrer.









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