Mist et le mal du Vide : et si la plus grande magie était d’apprendre à écouter les autres ?

Publié sur 4min. de lecture

Une apprentie Sorcière persuadée de pouvoir tout résoudre, une ville dont les habitants perdent peu à peu leur étincelle de vie et un mystérieux maléfice à combattre : avec Mist et le mal du Vide, Cressy imagine un roman jeunesse où l’aventure fantastique accompagne une véritable réflexion sur l’amitié, l’empathie et le rapport aux autres.

Une héroïne qui a encore beaucoup à apprendre

Mist Vent-en-Pourpre a huit ans et une certitude : elle est plutôt douée en magie. Peut-être même un peu plus que « plutôt ». Élève enthousiaste, toujours prête à répondre la première et convaincue de la pertinence de ses idées, l’apprentie Sorcière possède une assurance qui fait autant sa force que sa faiblesse.

Car à force de vouloir avoir raison et de prendre les décisions, Mist s’est éloignée de certains de ses camarades. Derrière son énergie et son tempérament affirmé se cache ainsi une petite fille qui souffre de se retrouver seule et qui ne comprend pas toujours pourquoi les autres prennent leurs distances.

Cressy choisit donc une héroïne loin d’être parfaite. Et c’est précisément ce qui donne tout son intérêt à son évolution.

À Champs-Lavande, quelque chose a changé

Lorsque Mist part passer ses vacances chez sa grand-mère, Mamie Biscuit, elle pense surtout aux gourmandises qui l’attendent et aux retrouvailles avec Rosie, sa meilleure amie humaine.

Mais Champs-Lavande n’est plus tout à fait la ville qu’elle connaissait. Certains habitants semblent avoir perdu leur enthousiasme et leurs émotions. Ils sont devenus tristes, absents, presque mécaniques.

Mist apprend bientôt l’existence du « mal du Vide », une étrange malédiction qui frappe les humains par vagues. Elle affecte leur étincelle de vie et résiste aux tentatives des Sorcières adultes pour la faire disparaître définitivement.

Voilà évidemment un défi à la hauteur de Mist. Du moins, c’est ce qu’elle pense.

Quand vouloir sauver tout le monde ne suffit plus

Le point de départ pourrait laisser penser que Mist et le mal du Vide suivra le parcours classique d’une jeune héroïne découvrant qu’elle possède les pouvoirs nécessaires pour sauver le monde. Cressy prend pourtant une direction différente.

Le véritable apprentissage de Mist consiste justement à comprendre qu’elle ne peut pas tout faire seule.

Au fil de l’aventure, ses certitudes sont mises à mal. Elle doit écouter Rosie, accepter les idées des autres, reconnaître qu’elle a parfois été injuste et surtout apprendre à présenter ses excuses. Face à son amie, elle finit notamment par reconnaître son égoïsme et son mauvais comportement.

La quête magique devient alors une quête beaucoup plus personnelle. Sauver Champs-Lavande importe, mais Mist doit également apprendre à réparer les liens qu’elle a elle-même fragilisés.

Un roman jeunesse qui donne une place importante aux émotions

Le mal du Vide constitue l’une des idées les plus intéressantes du roman. Cette force qui prive progressivement les humains de leur joie, de leurs envies et de leur étincelle permet à Cressy de matérialiser des émotions difficiles à expliquer aux enfants.

Le même principe s’applique au Sorcier des Ombres. Derrière la menace se révèle progressivement un personnage marqué par le rejet et la souffrance. Mist comprend alors que sa colère pourrait cacher autre chose et se demande si une « pincée d’empathie » ne pourrait pas contribuer à réparer ce qui a été brisé.

Sans effacer la responsabilité du personnage pour ses actes, le roman introduit ainsi une nuance intéressante : comprendre la souffrance de quelqu’un ne signifie pas nécessairement excuser ce qu’il a fait.

Amitié et entraide comme véritables pouvoirs

Cette idée traverse toute la dernière partie du récit. Pour vaincre le mal, Mist a besoin de ceux qu’elle avait parfois sous-estimés. Sorcières et humains trouvent leur place dans le combat, tandis que les différentes magies finissent par s’unir. Rosie elle-même apporte une partie de son étincelle de vie.

Mist comprend alors quelque chose qu’aucun cours de magie n’aurait probablement pu lui enseigner : être forte ne signifie pas forcément agir seule.

Son évolution apparaît également lorsqu’elle retrouve les autres apprenties et reconnaît avoir été insupportable avec elles. L’amitié devient finalement l’une de ses plus grandes découvertes.

Un imaginaire pétillant signé Cressy

Ces thèmes plus profonds ne rendent jamais le roman pesant. Cressy les intègre dans un univers volontairement fantaisiste où l’on voyage en MagieTram, où les grimoires peuvent avoir un comportement surprenant et où Mamie Biscuit prépare évidemment bien plus que de simples pâtisseries.

Eustache, le petit robot de Mist, participe également au charme du récit. L’humour, les réactions spontanées de l’héroïne et la narration à hauteur d’enfant donnent à l’ensemble un rythme particulièrement vivant.

Mist et le mal du Vide réussit ainsi à associer les codes d’une aventure magique jeunesse à des préoccupations très concrètes. Se faire des amis, reconnaître ses torts, accepter de ne pas être le meilleur en tout, parler de ce que l’on ressent ou comprendre que demander de l’aide n’est pas un signe de faiblesse : derrière les sortilèges se cachent finalement des apprentissages universels.

Avec cette aventure, Cressy fait donc de la magie le point de départ d’un récit sur ce qui relie les individus. Et si Mist possède incontestablement une belle étincelle, elle découvrira surtout que celle-ci prend une tout autre dimension lorsqu’elle accepte enfin de la faire briller aux côtés des autres.

Disponible aux éditions Beta Publisher.

signature

Qu'en pensez-vous ?

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Il n'y a pas encore de commentaire.

Précédent
Louis Dubertret : et si nos rencontres donnaient un sens plus profond à nos vies ?
Mist et le mal du Vide : et si la plus grande magie était d’apprendre à écouter les autres ?